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08/10/2009

Raymond Federman (1928-2009)

 

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© Olivier Rolle

 

 

« Je suis assis dans mon bureau – c’est comme ça que l’histoire que j’ai enregistrée commence – je suis assis dans mon bureau en Californie – San Diego Californie – tout près du soleil – voilà huit ans que j’ai emménagé ici pour finir mon travail et régler mes comptes avec moi-même – je suis assis à mon bureau et regarde par la fenêtre la splendide vue en face de moi – incroyable – la vallée les montagnes les arbres le ciel les oiseaux qui voltigent dans le ciel – il faut voir ça – magnifique – une bonne journée pour moi – je me sens bien – ça a commencé par une partie de golf ce matin – j’ai fait un 81 – oui 81 – 38 sur les neuf premiers trous – sept greens en régulation – deux birdies – les derniers neuf trous un 43 – deux lousy bogeys – deux erreurs stupides – l’esprit erre parfois quand on se balade dans la nature – mais un solide 81 c’est pas mal pour un vieux bonhomme comme moi – ensuite retour à la maison pour travailler sur Mon corps en neuf parties avec ses trois suppléments – la version en anglais – My Body in Nine Parts – aujourd’hui je travaille sur mes cicatrices – dans un moment de méditation j’ai levé les yeux là-haut sur les housses du ciel et sur le somptueux paysage devant moi – incroyable – et j’ai pensé – quand tu mourras tout cela s’éteindra – plus rien à voir – nothing more – juste le noir – ce sera comme si tu plongeais dans un grand trou noir – la tête la première qui fendra l’air – et dans ce tournoiement vers le néant tout deviendra obscur et invisible – bien sûr ça n’engage que moi de le penser et de le formuler comme ça – je me demande si cela suggère la possibilité d’un après – d’un au-delà – d’une autre forme de vie après la mort – je me serais alors trompé toute ma vie – non – je ne vais pas tomber dans la grande connerie méta-pata-physique – non – pas de tours de magie – pas de mensonge surhumain – pas d’intervention divine – je suis un simple être humain – mortel – j’en suis conscient – et pour l’heure je suis bien vivant – je m’en fous de l’au-delà – mais pour nous divertir un peu imaginons-nous mort… »

 

Les Carcasses, Raymond Federman, Éditions Léo Scheer

 


13:58 Publié dans Raymond Federman | Lien permanent