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21/03/2013

Rainer Maria Rilke

Être artiste, c'est ne pas compter, c'est croître comme l' arbre qui ne presse pas sa sève, qui résiste, confiant, aux grands vents du printemps, sans craindre que l'été puisse ne pas venir. L'été vient. Mais il ne vient que pour ceux qui savent attendre, aussi tranquilles et ouverts que s'ils avaient l'éternité devant eux.

Rainer Maria Rilke ( Lettres à un jeune poète , trad. Bernard Grasset et Rainer Biemel, p.35, Grasset/Les Cahiers Rouges, 1937)



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Gianni Berengo Gardin Asciano, Siena 1961

01/02/2009

Salon d'Automne - Paris - 1907

Rainer Maria Rilke

Lettres sur Cézanne

adressées à sa femme, le sculpteur  Clara Westhoff

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Quand je pense à notre surprise et à notre perplexité devant le premier ensemble que nous ayons découvert de lui en même temps que son nom. Après quoi, pendant longtemps, plus rien ; et tout d’un coup, on a les yeux qu’il faut…

 

A l’intérêt que Cézanne m’inspire, je mesure combien j’ai changé…Sans en examiner aucun en particulier,  quand on se trouve entre les deux salles, on sent leur présence qui se referme sur vous comme une réalité colossale. Comme si ces couleurs vous débarrassaient définitivement de toute incertitude. La conscience tranquille qu’ont ces rouges, ces bleus, leur véracité simple vous éduquent ; pourvu que l’on se montre parmi eux parfaitement disponible, on  dirait qu’ils font quelque chose pour vous.

Il se retourna vers la nature et sut ravaler  son amour pour la pomme réelle et le mettre en sûreté pour toujours dans la pomme peinte.

…Mais, à propos de Cézanne, je voulais encore dire ceci : que jamais n’était mieux apparu à quel point la peinture a lieu dans les couleurs, et qu’il faut les laisser seules afin qu’elles s’expliquent réciproquement. Leur commerce est toute la peinture. Celui qui leur coupe la parole, qui arrange, qui fait intervenir d’une manière ou d’une autre sa réflexion, ses astuces, ses plaidoyers, son agilité d’esprit, dérange et trouble leur action. Le peintre (comme l’artiste en général) ne devrait pas pouvoir prendre conscience de ses découvertes ; il faut que ses progrès, énigmatiques à lui-même, passent, sans le détour de la réflexion, si rapidement dans son travail qu’il soit incapable de les reconnaître au passage.

Le Salon ferme aujourd’hui. Et déjà, comme j’en reviens pour la dernière fois, je voudrais aller y revoir un violet, un vert ou tels tons bleus dont il me semble que j’aurais dû les mieux regarder, pour ne les oublier jamais.

13:05 Publié dans Rainer Maria Rilke | Lien permanent