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14/03/2013

David Douglas Duncan

 

 

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© David Douglas Duncan, 1962, Pablo Picasso at Vauvenargues



01/02/2009

Picasso

 

Les « couilles » de Picasso

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par Manuel Jover

publié dans «Art Absolument », les cahiers de l’art d’hier et d’aujourd’hui

Janvier 2009, numéro 27

 

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Pablo Picasso - Femme à l'oreiller - 1969  © Succession Picasso

Extrait

 

Picasso convoquant le panthéon de ses chefs-d’œuvre ! Quelle magistrale leçon de peinture ! Pas sûr, cependant, que le face-à-face systématique ne rende compte de la démarche déconstructive de l’artiste « dévoreur » qui croyait davantage en la variation que dans l’œuvre unique. Retour critique sur l’événement de la rentrée automnale.

 

Super-Picasso. Ça y est, il a atteint l’apothéose de la gloire, il est entré dans ce panthéon de l’imaginaire collectif qui n’admet que quelques noms, les plus grands parmi les grands, les plus forts parmi les forts. Pour Pablo, les présentateurs de télévision ont été clairs : c’est le peintre le plus génial du XXème siècle. Les historiens, les critiques d’art, n’ont qu’à se le tenir pour dit. L’ « événement » que constitue, parmi les dizaines d’expositions Picasso qui ont lieu tous les ans de par le monde, la méga-manifestation du Grand Palais, vaut cérémonie d’investiture, intronisation, tremplin vers l’Olympe. A la façon d’une superproduction hollywoodienne réunissant le casting du siècle : Picasso (en tête d’affiche), Titien, Vélasquez, le Greco, Zurbaran, Rembrandt, Le Nain, Poussin, Goya, Chardin, Ingres, Delacroix, Manet, Courbet, Gauguin, Cézanne, Degas ; j’en passe plus de la moitié…Chacun de ces «maîtres » est représenté par un ou plusieurs chefs-d’œuvre. Les réunir est évidemment une grande prouesse.

Et on ne sait plus quoi admirer : la prouesse elle-même, les œuvres des grands maîtres, ou la créativité tous azimuts du grand Pablo. Ce dernier ne sort pas grandi de cette confrontation : face aux œuvres merveilleuses qui ont été réunies, les siennes font souvent pâle figure. C’est qu’on ne regarde pas la peinture ancienne et la peinture moderne avec les mêmes yeux ; les mélanger, les confronter terme à terme, désoriente, déchire le regard. Et l’on finit par s ‘attacher principalement aux œuvres anciennes, comme dans un musée. D’autant que les rapprochements semblent parfois injustifiés.

…Cette exposition en triptyque, avec panneau central (au Grand Palais) et volets latéraux (au Louvre, à Orsay), a pour objectif de montrer ce qui serait l’axe majeur de l’œuvre de Picasso, la « peinture de la peinture ». Le dialogue avec les maîtres de la tradition, l’interprétation, la déconstruction et la réinvention des grandes œuvres du passé, sont en effet, du début à la fin de sa carrière, une constante. Picasso semble hanté par ces aînés dont il est mieux à même que personne d’estimer la grandeur, et sur lesquels il n’hésite pas à faire main basse, non pour les dépouiller mais pour les dévorer. Ce que l’on voit ici, c’est comme Velasquez, Ingres, Manet, etc. deviennent Picasso, et comment celui-ci élargit les limites de son propre génie en ingurgitant le génie des autres, de mille autres, car cela va de l’Antiquité aux prédécesseurs immédiats, Cézanne, Degas, Toulouse-Lautrec. Picasso revisite tout, au gré des ses intérêts du moment. Il se fait, lui Picasso, le dénominateur commun de tous ces géants de la peinture.

L’entreprise a quelque chose de désespéré. Chaque grande série de variations occasionne d’ailleurs des « souffrances » ; l’artiste dit « souffrir » par Delacroix, par Vélasquez, par Manet, c’ est une épreuve qui s’assimile à une lutte dont il s’agit de sortir vainqueur : Picasso vainqueur de (ou des défis lancés par) Manet, Delacroix, Vélasquez…Ces combats passent, bien souvent, par une mise à nu des thématiques. Dans L’Enlèvement des Sabines d’après Poussin et David, par exemple, ce que le peintre nous met sous le nez, ce sont les couilles du guerrier, évidemment absentes des tableaux originaux ou celles du cheval, c’est pareil. Tout est dit, en raccourci, sur le principal ressort de la guerre, exercice sauvage, prédateur et destructeur, d’une puissance à caractère essentiellement phallique. Mais cette puissance est aussi au cœur  de l’œuvre de Picasso qui, passée l’époque des délicatesses bleues et roses, s’exprimera de préférence sur le monde véhément d’une peinture « couillarde », pour reprendre le mot de Cézanne, qui exulte dans l’audace fracassante, la destructuration-reconstruction musclée, voire la facture « torchée » (dire « bad painting » est plus convenable) de la dernière période.

 

…Les exemples sont légion et balisent un domaine, « l’érotique » de Picasso, déjà bien exploré. Simplement, face à la clameur médiatique, il paraissait opportun d’en appeler à d’autres superlatifs : Picasso pourrait être le peintre, sinon le plus génial, du moins le plus « couillard » du XXème siècle, exerçant sa puissance sur les géants, pères et pairs, qu’il disloque et dévore pour les réengendrer dans sa propre langue ; troussant la peinture, la sienne et celle des autres, dans une sorte de mise à nu systématique, violente et souvent cruelle, où beauté et laideur se confondent dans un même jaillissement de vie. Telle est peut-être l’impression qui subsiste de cette exposition, au-delà du grand déploiement muséal dont on se serait passé : Picasso et les maîtres ou comment transformer les morts en peinture vivante.

Art Absolument

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14:59 Publié dans Picasso | Lien permanent

Grand Palais - Paris - 2008

NI DIEU - NI MAÎTRE

            © par Bruno Le Bail, plasticien, conférencier, novembre 2008

                                                                                                                                                         

Exposition "Picasso et les maîtres"

 

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Pablo Picasso -  Las Meninas d'après Vélasquez, 1957, oil on canvas, Museo Picasso, Barcelona, Spain.

J’étais un peu perplexe sur l’idée même de cette confrontation. Face à un tableau de Poussin, L’enlèvement des Sabines, qui est un pur chef-d’œuvre de liberté, une sorte de construction dans l’absolu où chaque centimètre carré respire le génie. Comment peut-on montrer des interprétations de Picasso qui sont avant tout des études qu’il a dû travailler d’après des reproductions et non pas d’après l’œuvre originale, sans trahir la recherche de Picasso. La décomposition qu'il fait face à L’enlèvement des Sabines, non seulement n’explique en rien, mais n’éclaire en rien Poussin. La seule chose que cela implique c’est que Picasso semble peu fertile face à Poussin. « Il faut peindre avec ses couilles », disait Cézanne.

Les œuvres originales de Poussin, Goya, Vélasquez etc. vivent par elle-même et tout bavardage quel qu’il soit ne peut en aucun cas aboutir à une explication satisfaisante de l’œuvre. L’explication est ailleurs.

Picasso dans sa prolifération, dans ses recherches multiples peut nous éclairer que par rapport à lui même. J’adore Picasso, lorsqu’il se confronte aux maîtres et qu’il a cette distance, utilisant le noir et le blanc, comme dans Las Meninas d’après Vélasquez. Là il noue un dialogue, une conversation beaucoup plus percutante en s’attaquant  non plus à la couleur et à la technique des anciens (là où il va à l’échec certain) mais au dessin et cette fois la déstructure qu’il entreprend nous montre son regard, sa vision, son génie.

Une reproduction de Poussin, n’est pas un Poussin. Face à l’œuvre originale, l’émotion, la sensation qu’elle dégage n’appartient qu’à elle même. Ce sont avant tout des rapports chromatiques, optiques, antinomiques. La seule chose qui peut être perceptible par le biais de la reproduction, est linéaire, là où Picasso excelle. C’est d’ailleurs une des raisons pour laquelle l’œuvre de Picasso supporte admirablement bien d’être reproduite.  

L’idée de départ de cette exposition, de vouloir comparer sottement les œuvres ne peut qu’aboutir à un échec.

L’art ne peut se comparer que dans l’absence de comparaison. Les raccourcis qui nous sont montrés, nous ramènent à la surface au lieu de nous éclairer et de chercher en profondeur. Cette récupération médiatique atteint son but. Vulgariser, divertir le grand publique et l’éloigner ainsi de la peinture. 

 

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Picasso, Vallauris, France 1949 Gjon Mili
© Time Inc. 

14:10 Publié dans Picasso | Lien permanent