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04/03/2011

Mathieu Brosseau

La confusion de Faust

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"Je vis dans ce corps il me dit le silence du mouvement il me dit par son silence quand dans l’esprit je me raconte des choses sans dire les choses qui furent, auraient été, seront ou seraient autant par leur absence que par l’impossibilité de les dire."

 

La confusion de Faust Mathieu Brosseau

 Dernier Télégramme

 

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Ecrit sous la forme d’un palimpseste ou d’un monologue polyphonique, ce texte reprend le mythe de Faust à partir de la version de Goethe. Des blocs de textes avec des polices de caractère différentes s’entrecroisent et donnent à l’ensemble, par ce fait, une impression de confusion destinée à marquer la distinction entre l’ancien et le moderne, entre l’original et sa reprise.

 

Aussi, une telle disposition des textes dans la page tend à replacer et à mettre dans un schéma critique et en tension, le dualisme opposant le « déjà-fait » au « à-inventer » tout en introduisant la question blanchotienne du livre à venir et de son impossibilité essentielle.

 

En outre, la question spirituelle du Mal - et de l’attrait que l’on peut avoir pour lui -, de la possession à la vente de son âme, interroge l’être humain depuis toujours et cela traversant toute les crises de la modernité, sachant les révolutions qu’elles invoquent.

 

La Confusion de Faust, en une vingtaine de pages interroge le lecteur, espérant opérer en lui un mouvement qui déplacerait sa vision de la convoitise par un effet rétrocritique.

 

 

21:50 Publié dans Mathieu Brosseau | Lien permanent

02/10/2009

Mathieu Brosseau

 

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© Winfried Veit

 

 

UNS

 


SINTRODUIRE

Accueillir, à force de compter les ombres, tu ne pourras pas non plus accueillir. Le cri viendra avant l’acte, plein d’échardes tu seras, marcher tu ne pourras plus. Ce sera la confusion de tes organes, n’accepte plus d’être vu par les reflets sans âme, sortilèges jetés par les mystificateurs. Je saurai battre l’esprit là où il veut entrer et tu me nommeras sens et dans la marche nous réveillerons la parole éteinte par le vent des esprits parleurs.


BEAUCOUP SONT PASSIONNÉS DE CINÉMA

Ou ciel. En français, on ne distingue que trop mal la parole qui passe du cul à la gorge, de l’archaïque au présent contraint. D’avec la parole qui parle, comme babel bavarde. Tisse. L’ascension m’est personnelle. Le vide au-dedans. Ces deux paroles sont pourtant très distinctes. L’une est objet, de l’autre on ne peut connaître que la trace. Les yeux se portent sur l’écran, la lumière sépare le cul de la gorge, les yeux de la toile.


JE FAIS DANS LE FERMÉ

…faire du fermé est la fuite possible la seule la brèche du temps hors de la succession ça existe n’en déplaise à nos penseurs il faudra vous y faire la langue n’y peut rien tu ponds tu fais dans le fermé c’est la boule qui roule…

 

T OUT SE PASSE COMME SI L’ABSENCE N’AVAIT PAS SA PLACE AU MONDE

Les yeux saignent. A cause des cils bien trop affûtés.

 

Je lui parle, la modernité m’est impossible.


F AIRE CONFIANCE À LA DYNAMIQUE

Derrière. Devant, il considère ses jambes, on lui a appris qu’elles servaient à avancer, se baisser, s’élever. A bouger, en somme. Enfin, on lui a dit. Il ne peut pas marcher, s’arrête et décompose son mouvement avec la mémoire du pas.


 

E N VRAI MAIS SANS CORPS

Or la figure sans contour est au centre du coeur.

 

F ROID > FROID > FROID

Tu vois là-bas la promeneuse marcher avec un phallus tout droit, dardé, c’est la concentration, elle perle au bout du bout, dense et déjà sexuée.

 

L E SILENCE DE TOUTE MUSIQUE

il est certain que nous nous tendront, jusqu’à l’os, vers cet impossible distraction du temps démêlé, ce qui fera de nous les hérauts du possible,

 

j’irai avec toi irriter la pure distraction du seul homme encore sous terre : aucune bêtise n’a été faite : nous croyons qu’aucune erreur n’a été commise, il n’est pas impossible que nous nous retrouvions, dans le sac pendu des affaires à vérifier, suis-je une erreur mathématique ?

 

je le croise, lui qui me ressemblait, je lui parle, il me répond, il faut dire qu’il regardait les précipices avec une telle concentration, que ses yeux semblaient vouloir s’y jeter, mes larmes se tracent, le vent levé, car il y a du vent, les tensions de l’action allant vers lui, vertueux, il me répond qu’il croit, comme moi, en la grande absence du voir,

 

L ‘INHUMAIN

longtemps j’ai imaginé qu’en m’abaissant, les hommes n’iraient pas me marcher dessus, mon ombre a depuis longtemps décidé de ne plus s’inscrire, seule dans la cachette du soleil,

 

j’imaginais que leur bouche animale construisait du sens là où il n’y avait que des mouvements étranges de lèvres et de langues obscènes, oui, obscènes, à me vautrer dans l’inconnu animal, j’ai pensé qu’en pleurant mes chers disparus, je retrouverais leur image encore intact, je me souviens de ce qui, jadis, me faisait rire, j’ai cru qu’à force de maudire l’apesanteur, le don de parler sans dire allait m’être confié, j’ai cru que personne ne m’en saurait gré, il m’a semblé qu’en criant à hue et à dia, qu’en pleurant mon sang, mes amis si chers iraient me dire dans quelques silences majeurs que rien n’était perdu, que j’aurais la possibilité de revenir au centre de l’être, sur le silence de toute musique,

 

ç A RESPIRE

nos mains le savent, quelque chose d’inacceptable, chose des vanités, choses qui puise en notre coeur l’absence déjà connue de l’existence, quelque chose qui retient l’eau dans les tissus des végétaux, sève et chimie de toute vie, il faudrait être fou ou ciel ou rien, autrement dit, il faudrait l’être pour être végétal parmi les vies, cloué au sol, il absorbe l’eau vivace des sous-sol, il retire comme la vie retire, il transforme comme la forme transforme, de fait, les choses s’appellent, s’attirent les unes les autres, de fait, il faudrait être fou pour ne pas vouloir marcher, en fait les plantes sont folles de ne pas accepter d’avancer horizontalement,


ç A AIME

les fossiles diront : ça aime pour mieux endurer la peine et les temps, mais si toi et moi poussons la langue dans l’entre-deux, dans la jointure liant les moments,

 

LE COMMERCE DE LA MÉMOIRE

le monde est fondé sur les mains, si elles étaient coupées, il y aurait la solitude des prières sans mains, il y aurait l’odieuse impression d’être rendu à l’immédiat séparateur,

 

UNS

ton corps se bat contre le corps des autres parce que nous avons l’intuition et la conscience de l’excroissance, il me faut être un truand, c’est le conflits des regards et des soupirs, des échanges de pierres, la rivalité des constructeurs, d’un autre côté, il faut toujours être deux, l’un va, l’autre part, l’un passe, l’autre vient,

 

L’ANIMALERIE

cette vie, cette folle traversée sans travers, sans amer, sans l’idée de perte, entre les temps, l’idée du refuge s’oppose aux mains trop pleine d’animaux, de l’identité,

 

le berger, dans son corps se trouveront les bêtes, les mains parlantes s’ouvriront, coriaces et fortes, féroces et impies, une gourde trop pleine, l’émancipé n’aura plus à écrire, pour ne plus écrire, il ne faut plus écrire, mes mots auront le sens de la joie unique, son corps s’écrira dans la trace, sa salive dira les mots et les morts renoncés

 

ce qui te prendra ne pourra plus être la mort car dans l’image, il n’y aura plus aucun désespoir, dans l’image tu verras les renards, les bisons, les hermines, tous ces animaux courant à pleine vitesse, ta voix prendra un ton étrange, celui de l’infortune et du hasard !


NAÎTRE POUR CONNAÎTRE CE QUI EST NÔTRE

Je ne sais pas si mon corps, toujours renaissant par la tête, saura supporter le poids et la forme de cette faune, c’est en moi qu’ils se nichent, ces animaux, ils s’émancipent et commencent leur ronde et leur train et leur déluge et leur expression du vivre, aussi prompte à tenir que celle du mourir.

 

Extraits

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15:38 Publié dans Mathieu Brosseau | Lien permanent