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29/04/2009

Mathieu Blond

Regard au Pluriel

 

est heureux de vous annoncer la parution de

La prière de Mathieu Blond

 

Ce nouveau recueil de poèmes à été publié par

Aurorae Libri

http://auroraelibri.com/

La Prière photo_0006.jpg

 

 

La prière, c'est une litanie: un monologue murmuré qui se perd dans un nulle-part à la vie fragile, modeste. Il y a là une rivière ou un point d'eau, plusieurs espèces qui s'y rendent. Parmi celles-ci, au printemps il y avait les batraciens - il ne faut plus les désigner ainsi; apparus, ai-je lu, il y a trois-cent soixante dix millions d'années, ils sont demeurés dépendants de leur milieu. Ils sont un stade intermédiaire de l'évolution, une vie inachevée en quelque sorte. La probabilité que l'univers soit en expansion est assez importante, mais les batraciens l'ignorent.
L'éditeur

 


Cette litanie de plusieurs saisons pourrait s'achever tragiquement ; il fait sens que sensations, odeurs, et mouvements s'accomplissent, s'écoulent, s'étiolent, puis disparaissent. Mais nous n'en savons rien ; nous n'apprenons pas, même en dernière analyse et même après avoir déconstruit. Une fois la phrase rompue, nous ne pourrons dire ce qui annonçait l'orage à venir, ou dire du précédent, parce que la vie s'est échappée absolument dans l'instant présent. (L'éditeur)

 

ROSÉE -
la croix se fleurs.
Larve ses lèvres.
 

 

 

 

NAÏVE -
âme le sève.
Les escargots.
 

 


SENTIER de figues -
les papillons
se ruine blanche.

 

 

HÔTE jasmin -
il vent lui glane.
Lèvres cerises.

 

Tous droits réservés

12:04 Publié dans Mathieu Blond | Lien permanent

24/03/2009

En vrac sur Hubertus

            Mathieu Blond            
 


La grande certitude est : nous écrivons pour consigner des trucs. Nous couchons des mots sur le papier pour y transcrire des significations. Celui qui contredit cette certitude – probablement est-il un étranger.
 
Un mot écrit renvoie à un mot parlé, chaque lettre, chaque caractère, à un son. De même que chaque mot parlé, à quelque chose au dehors. Il faut que cela soit ainsi – sous peine que le monde s’écroule.
 
Nous découvrons un texte dans une langue étrangère – nous savons que derrière chaque mot, il y aura une parole. Quelque chose avant. Sur ma liste de commission, ce gribouillage « bière », c’est cette chose-là, cette boisson vaguement alcoolisée – et mieux encore, c’est ce rayonnage là-bas, au fond du supermarché, c’est cette bouteille-là… L’écriture, ça sert à retrouver les choses. Ça désigne. Il y a un monde avant elle – et elle sert à récupérer les choses dans ce monde.
 
Il y a eu, autrefois, quelques penseurs, étranges et un peu oubliés, pour dire que, non, les textes, ils ne renvoient qu’à eux-mêmes. Que les mots, les signes, les œuvres d’arts, ne signifiaient rien, ne désignaient rien, étaient comme closes et montées en boucles.
 
Et puis, entre ces deux  dogmes – il y a des œuvres.

Jan Hubertus_0003.jpg

Ce qui est frappant, chez Hubertus – je regarde l’œuvre « sans titre » de 1967 – c’est ce côté « presque de l’écrit ». Ça ne « figure » pas… ça ne « représente pas » tel ou tel objet du monde… Ni une bouteille de bière, ni un coucher de soleil, ni une pomme… Et pourtant ça ne dit pas « rien »… « Rien », ça n’existe pas…
Quelque chose comme une lettre manuscrite, retrouvée trop tard, dont la graphie est éculée – dont la main a trop tremblé. Qu’on ne peut déchiffrer – mais dont on sait que, ailleurs, en d’autres temps, on le pourrait. Je pense aussi aux traces des vers dans le bois… Je pense – aux petites déjections des vers dans le sable à marée basse, ou aux chants d’oiseaux. Je me dis – que je ne déchiffre pas, parce que je suis trop près, ou trop loin… Que je ne comprends pas encore.
 
A la bonne distance, c'est-à-dire juste en face... En même temps... Il n’est pas certain que les poèmes, par exemple, aient déjà leur signification. Pour autant, ce ne sont pas des alignements aléatoires ou absurdes de mots. Ce ne sont pas non plus des choses « ambigües », c'est-à-dire contradictoires, ambivalentes, ou dans lesquelles le sens « oscillerait ».
Non.
Autre chose encore est possible.
 
Hubertus figure quelque chose. Mais son œuvre ne « veut rien dire ». Pour être précise, une œuvre doit multiplier les éléments. Si l’on veut être, non pas compris, mais obéi, on fixe les mots, précisément. On s’assure de leurs redondances, de leurs recoupements. Le code pénal, il « veut dire » quelque chose.
Hubertus, lui, il tremble. C’est la main du vieillard ou du très petit enfant – lorsque la graphie confine à l’électrocardiogramme. Elle enregistre – mais ne « veut rien dire ». Hubertus, est-ce qu’il veut ?
Ni volonté, ni représentation. Mais sens.  
 
IMG_0002_NEW.jpgSonger à autre chose. En Chine, depuis « le début » - c’est affaire de phénix & d’immortels – l’écriture s’est resserrée. Les idéogrammes transcrivent des signifiés, non des signifiants. Ils peuvent tout dire, comme les mots formés avec les lettres de l’alphabet. On peut toujours traduire. On peut tout traduire. Il n’y a qu’un seul monde.
Mais les idéogrammes procèdent en additionnant d’autres idéogrammes, très simples, et encore plus anciens, que l’on appelle des « clefs ». Ces clefs, il y en a peu – cent, deux cents ? Ces clefs, c’est des bonshommes. C’est des chevaux, des rivières, le ciel, la terre… Et sous l’idéogramme le plus complexe, voué à peindre les concepts les plus délicats et les plus savants, il reste toujours ceci – la montagne, le vent… Avec très peu de clefs, on peut tout écrire.
A force, ces signes-là sont devenus, non pas abstraits – le signe de la montagne, il continue de désigner cette montagne, celle-ci, Himalaya ou Mont Puget – mais sibyllins. Ainsi, la montagne, c’est la stabilité. C’est l’élévation. C’est presque le ciel. Alors moi, crétin savant, je parle de « métaphore ». Mais ça n’est pas ça.

Ces signes-là tremblent. Ils sont un peu énigmatiques. Ils sont un peu comme des questions. Ils sont ouverts. Le signe de la « montagne », il est avant la montagne.
Nous ne parlons pas, nous n’écrivons pas – et Hubertus ne peint pas - « pour se faire comprendre ». Mais pour comprendre lui-même. C’est plus proche des schémas mathématiques que des compte rendus sur le monde. Ça cherche. Ça ne professe pas.
 
Ce genre de choses, cette beauté-là, on l’entrevoit parfois. Il faut être vacant. Il faut être inattentif, justement. Ces moments, où on ne pense à rien – et où le regard vagabonde seul, sans l’esprit derrière, sans le jugement. Sans « autorité » - et Hubertus n’est probablement pas un « auteur », pas l’ »auteur » de ses œuvres. Le Clezio a écrit cela quelque part – au début – parlant de la main qui écrit comme d’un sismographe. Les dadaïstes aussi ont essayé cela…

IMG_0031.jpgMais Dada, c’est au-dedans. C’est l’inconscient, c’est l’intérieur, c’est prisonnier.
Ce dont je parle, ça n’est pas moi. C’est devant moi – on pense à tout, à rien… L’œil, laissé à lui-même, voit des choses dans les motifs du papier peint… Les mômes le savent – il n’y a pas d’art « abstrait ».
 
 Car la peinture elle est toujours dehors. Car l’homme, en général, il est dehors. Ce n’est que rarement lui qui parle… - c’est le monde qui parle à travers lui. Ses mots, ses œuvres, ses peintures – elles enregistrent. Elles n’ont pas besoin de comprendre pour dire. Elles ne font que transcrire. Les œuvres ont un sens – mais ce sens est dehors. Parce que ce sens est un vivant.
 « Quelque chose parle – et ça n’est pas moi », et ça n’est pas non plus « en moi », ni inconscient, ni quoique ce soit au-dedans… C’est tout dehors. C’est dehors. C’est le monde, et c’est aussi le reste.
 
 D’ailleurs – ça n’a pas de titre, ça n’est pas signé.
 

 

© Texte inédit de Mathieu Blond

 



Illustration 1 - Sans titre 1967 encre sur papier japonais 58 x 47,2 cm

Illustration 2 - Sans titre 1973 estampe 19,7 x 14,8 cm

Illustration 3 - Sans titre 1966 encre sur papier 76 x 57 cm

 

Tous droits réservés

10:10 Publié dans Jan Hubertus, Mathieu Blond | Lien permanent

14/03/2009

Sur Jan Hubertus

A suivre...


Jan Hubertus_0010.jpg

ÉCRITS

Texte inédit de Mathieu Blond 

« En vrac sur Hubertus »

 

Biographie 


Extraits du Livre Jan Hubertus 1920 – 1995 


Texte inédit de Christine Bauer - élève de Jan Hubertus de 1990 – 1992


 

Jan Hubertus.jpg

SUITE…..MISE EN LIGNE DES ŒUVRES 

Tous droits réservés

10/03/2009

Mathieu Blond

« Ce monde de rosée

Est un monde de rosée –

Et pourtant – et pourtant… »

Shiki

 


La prière – c’est le vent dans les pierres. C’est l’hiver, quand le froid flambe, quand l’air est rose et fait un peu mal. Peut être – d’abord un livre que l’on referme. Le moins de mots possibles. Moins que des vers, moins que des haïkus. Et en dessous de la syntaxe. Avant même les oiseaux, les grenouilles, il y a tout de même le givre et le bois. Encore avant – des chants d’amour. Mais à présent, ce n’est plus la langue qui chante – juste les dents.

On ne parle pas d’un recueil de poésie. Si on l’a écrit, c’est justement parce que ce qu’il dit – ne pouvait être dit autrement. A la limite – il ne dit rien. Ça n’est pas qu’il soit difficile : qu’il soit dur suffirait. Tout n’est qu’affaire de silence.

Quelque part, quelqu’un avait voulu que l’homme devienne une pierre vivante. C’est cela, des lettres. De l’encre dans du papier. Des traces. Je pense à ces trucs qu’on gravait à l’école dans le bois de la table. Je pense aux paroles brisées des vieux, aux accents qu’on n’imite pas. A la langue des immigrants.

On devra bien un jour reconnaître que l’alphabet, au fond, ne signifie pas grand-chose. Qu’il n’est jamais qu’un système de griffures et d’encoches.

Alors il faut que les vers écorchent la langue.

D’ailleurs la langue… La langue, ça sert à discuter. Ça sert à persuader. Ça sert… La poésie, elle ne vient pas sur la langue : elle se fait surtout avec les dents. Après, si l’on n’y comprend pas grand-chose… Il y a bien assez de mots que l’on comprend autour de nous. Du coup – fuir. Et se taire.

La prière – c’est le vent dans les pierres. Et les pierres qui éclatent.

Affaire de mistral.

© Mathieu Blond, texte inédit

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11:04 Publié dans Mathieu Blond | Lien permanent