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28/01/2010

Correspondance

 

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Écrite en 1917, la lettre de Rosa Luxemburg qui ouvre cette correspondance à trois avait été éditée par Kraus dans la Fackel de juillet 1920, n° 546-550 ; la réponse de Kraus à la « Réponse d'une non-sentimentale » parut dans la Fackel de novembre 1920, n° 554-556.







Mon avis, c'est que cela m'intéresse fort peu de savoir si un numéro de la Fackel est tombé « par hasard » ou d'une quelconque autre façon entre les griffes d'une bête de votre sorte et si celle-ci a été abonnée jusqu'au 4 février de l'année passée ou l'est encore. Si elle l'a été, on ne peut que regretter infiniment qu'elle ne le soit plus, car si elle l'était encore, elle ne le serait plus à la date de réception de cette lettre, c'est-à-dire à partir du 28 août de cette année. Car tout le monde sait que la Fackel sait se défendre contre le sort voulant la faire parvenir à ce genre d'adresse.
Mon avis, c'est que ce courrier en provenance d'Innsbruck, ville qui a mauvaise presse, ne me gêne d'aucune façon dans la mesure où il n'altère en rien l'image que j'ai de l'intellectualité de cette ville, et que, au contraire, tout est tel qu'il doit être. Mon avis, c'est que, si ce qu'on appelle les républiques pouvaient se résoudre à transmettre la lettre de Rosa Luxemburg aux générations futures par le biais des livres de lecture, il faudrait aussi qu'elles y fassent imprimer du même coup la lettre de cette mégère, afin d'inculquer à la jeunesse non seulement le respect face à la grandeur de la nature humaine mais aussi le dégoût face à sa bassesse, pour bien faire sentir, par un exemple tangible, tout ce qu'il y a d'effroyable dans l'indécrottable système de pensée de génitrices teutonnes qui veulent nous bousiller la vie jusqu'à la mort en nous préparant de nouvelles guerres et qui semblent avoir conclu un pacte avec Satan, tout comme elles l'ont fait en 1914, tant elles étaient avides d'envoyer des héros à la mort.
Mon avis - et là je veux être très clair avec cette engeance dégénérée de propriétaires du sol et du sang et leurs comparses, je veux leur parler tout net parce qu'ils ne comprennent pas l'allemand et ne peuvent déduire ma véritable opinion de mes « contradictions », parce que je considère que la guerre mondiale n'est sujette à aucune ambiguïté et que l'époque qui a réduit la vie humaine à un misérable tas de fumier représente une impitoyable rupture -, mon avis c'est que le communisme, en tant que réalité, n'est que le contraire de leur idéologie qui fait fi de la vie humaine, par la grâce d'une origine idéale et d'une plus grande pureté, un antidote complexe pour une fin idéale et d'une plus grande pureté - que le diable emporte sa pratique mais que Dieu nous le garde comme une menace constante au-dessus de la tête de ceux qui possèdent des biens et qui, pour les protéger, aimeraient envoyer tous les autres au front de la famine et de l'honneur patriotique en le berçant de la consolation que les biens matériels ne sont pas les biens suprêmes. Que Dieu nous le garde afin que cette racaille qui frétille déjà d'impudence ne devienne pas plus impudente encore, afin que ceux qui sont les seuls à avoir accès à la jouissance et pensent que l'humanité à sa botte a reçu suffisamment d'amour une fois qu'ils l'ont contaminée par la syphilis aient le sommeil au moins troublé d'un bon cauchemar ; afin qu'il leur passe au moins l'envie de faire la morale à leurs victimes et qu'ils en perdent l'humour de vouloir faire des blagues à leur sujet !


extrait réponse de Karl Kraus

 

 

13:42 Publié dans Karl Kraus, Rosa Luxembourg | Lien permanent