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21/01/2010

Hélène Bessette

" Courts" © Elliott Wilcox



La littérature a 50 ans de retard sur la Peinture, l'Architecture et la Musique. Les autres Arts n'hésitent pas à employer des matériaux nouveaux. Pourquoi la Littérature ne se dégagerait-elle pas de la tradition littéraire. La vague intellectuelle a pétrifié ce qui par essence est vivant : l'Art et son mouvement.

L'Art nécessairement destiné aux transformations.

La jolie langue de Ronsard n'était-elle pas parfaite ? Pourquoi l'avoir transformée ? Pourtant sont venus les classiques. La perfection harmonieuse des classiques n'était-elle pas suffisante ? Pourtant sont venus les Romantiques. La richesse luxueuse des Romantiques si abondamment présente dans Chateaubriand n'était-elle pas incomparable ? Pourtant sont venus les naturalistes, les réalistes.

Si bien qu'entre le Français d'Antommarchi et le Français actuel, la différence est telle que l'on a peine à croire qu'il s'agit de la même langue. Qu'une forme dite « poétique » entre dans l'écriture d'un livre est dans la marche logique de l'évolution littéraire.

Il existe dans l'usage courant une poésie issue de tous les ismes du XIXe et du début du XXe, cette poésie est à la portée de n'importe quel intellectuel sensible et habile, à la portée de n'importe quel licencié sous le coup d'une émotion.

Cette poésie dépréciée, dévalorisée, vulgarisée par les facilités du monde Universitaire, défigure l'idée parfaite de Poésie. Cette Poésie toujours égale à elle-même à travers les siècles et qui ne connaît que la perfection. Cette Poésie vulgaire peut donc tout naturellement devenir le matériel que l'écrivain, utilisant la situation, emploiera pour donner un nouveau souffle à son écriture. Forme poétique pouvant s'exprimer par une désarticulation de la phrase, une scission. Sorte d'impressionnisme littéraire, de tachisme, de phonétisme.

Une seule page de Roman poétique ne vaut que la corbeille. Mais ce roman court sur deux ou trois cents pages. Écrire « comme Prévert », certes, mais longuement, en y introduisant des situations et des caractères. Se soustraire à la facilité littéraire engendrée par les entraînements universitaires...

Voici quatre citations :

«Les merles ne chantent plus. C'est le tour des hiboux. » (Émile Pouvillon)

« Les toits fument, le battoir des blanchisseuses frappe le linge, les troupeaux rentrent. » (René Mazedier)

« C'est un très joli jouet. Chaque objet bien fini est doux au toucher. Seul au jardin avec mes chers joujoux, je les range. » (Jean Franck)

« Une de ces boutiques est louée à un fruitier qui vend peu de fruits. » (Gustave Geoffroy)

On pourrait intervertir les noms des auteurs ça n'aurait pas grande importance.

Il faut donc se résoudre à considérer le Roman dit « Poétique » comme le seul valable, du point de vue littéraire, dans sa nouvelle écriture.

Un tel livre n'est pas, naturellement, attaché à l'ordre chronologique artificiel. Il est plutôt présenté à partir d'un jeu de l'esprit auquel le lecteur doit s'adapter. Ce jeu de l'esprit peut être celui des associations d'idées, des déductions, du double-roman. La forme globale, ou la forme pivot. Au matériel de fond s'ajoute le matériel accessoire : la liberté à l'égard de la présentation typographique, introduction de la couleur, sans que l'édition envisagée soit pour cela « de luxe ». Utilisation du papier blanc, de la couverture slogan, formules chiffrées. Toutes choses déjà faites par les poètes. Et utilisées pour le Roman.

Un tel Roman, dit l'auteur à quelques pages de là, ne serait pas reconnu. Au roman fleuve à l'imparfait et au passé simple, au roman de fabrication, substituer le roman d'inspiration et de poésie qui ne se fabrique pas, qui naît d'un concours de circonstances.

L'écriture en prose traditionnelle, même lorsqu'elle dit des choses pensées et intelligentes, reste un produit commercial très utile lorsque trente millions de lecteurs et d'intellectuels réclament des livres.

Le langage « poétique » est forcément celui de ce temps difficile. Il est celui de la souffrance et l'expression quotidienne normale d'un Temps de guerre. Dans un monde bruyant, angoissé, une phrase qui se fait entendre. Une phrase qui doit être lancinante. Voisine du Jazz. Qui retient. Cruelle peut-être. Ce qui prouve qu'elle est à sa place.

« Jailliront les écritures anguleuses, non d'encre noire, mais de sang, non d'oubli, mais de fruits bleus et de violence... » (de Hubert Juin)

Cette « écriture anguleuse », qui était celle d'Ellen Keller, qui est forcément l'écriture d'un temps d'obscurité, de chaos, où règnent la douleur et le deuil. Le poète, aveugle sourd et muet ne peut crier que dans une langue « difficultueuse », pénible à ceux qui entendent, à ceux qui lisent. Un langage en dehors des lois.


Extrait préface à « La route bleue », Le Manifeste, Hélène Bessette
parution 17 février 2010


10:31 Publié dans Hélène Bessette | Lien permanent

06/08/2009

Hélène Bessette

 

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Sous le signe de Breughel.

Le vieux.

D’abord.

Incantation à Breughel.

Les fols enneigés. Les gnomes déformés.

Les nains de glace désarticulés.

Où peut-on les voir ? Où peut-on les voir ?

Au Musée ? Dans la rue ?

Quel Musée ?

Au bout du Monde. Le Musée du bout du

Monde.

Puis.... nous irons voir des Peintures.

Le soleil croule. Le soleil s’écroule.

 

Erreur.

Paysage de glace.

 

Eux les Breughel difformes et amoindris.

Maintenant  répandus sur la Terre.

Viens.....  nous irons voir des Peintures.

C’est faux. L’original est volé.

Il reste la reproduction.

 

C’était Dimanche....

        et  du soleil à rompre les branches.

Anvers, Bruges, Chicago. Bâle. Madrid.

Siydney. Amsterdam. Outrèche. Lausanne. Londres.

Et les Breughel.

Glacés dans le bleu fixe du lointain.

Tous ces Musées que nous avons visités.

Hein ? on les a tous faits.

Je suis éreintée.

Ça c’est terminé en Nollande.

Terre occidentale.

Hôpital psychiatrique en liberté.

Les Asiles ont ouvert grand les Portes.

La Porte est ouverte – j’aime mieux vous le dire –

Vous pouvez partir si le cœur vous en dit.

Allez ouste.... Tout le monde dehors.

Foutez le camp.

 

                 MAIS FOUTEZ DONC LE CAMP.

 

Hélène Bessette Le bonheur de la nuit extrait

09:35 Publié dans Hélène Bessette | Lien permanent

26/07/2009

La Grande Balade

L’école de l’eau du silence du temps prolongé. L’école de la lenteur. Faire une journée avec un mot.

Un seul mot du livre.

On peut. On a le temps.

-      Le livre ? dit la voyageuse, je le terminerai demain. Ou après-demain.

Qu’est-ce que ça peut faire ?

 

         J’AI LE TEMPS

 

Pour aujourd’hui je me contenterai d’un mot. Je vivrai sur un mot. Pour le savourer. Le déguster. M’empiffrer. M’en goinfrer. M’en griser.

-       Quel mot ? demande un voyageur allongé non loin.

-       Amour, répond-elle.

-       Alors, dit-il, vous risquez de ne jamais poursuivre la lecture.

 

Sud, ou La Grande Balade Hélène Bessette


 

© Famille Brabant .jpg

© Famille Brabant

 

15:45 Publié dans Hélène Bessette | Lien permanent

28/05/2009

Hélène Bessette

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Les éditions Laureli publient cette semaine un nouveau texte d'Hélène Bessette, Ida ou le délire (suivi de Le Résumé). Ida, personnage principal mais personnage absent, parce que disparue, morte, écrasée par un camion, qui dira ce qu'elle fut? C'est l'objet de ce roman à tâtons, panoptique de voix vouées à témoigner, mais aussi à taire, car personne ne savait qui vraiment était Ida, si ce n'est qu'Ida était une servante, donc inférieure de toute éternité. Ceux qui en parlent, donc, ici, par bribes, souvenirs et jugements mêlés, sont ses propriétaires. Et comme souvent chez Bessette, l'approche est disjonctive, intermittente, on sent sous l'énoncé le fard de l'énonciateur (et même le prix qu'a coûté ce fard) – car Ida est, était, à sa façon, une Félicité, avec, comme chez Flaubert, sa chambre où nul n'allait jamais. Ida est une femme âgée, une servante: qu'est-elle d'autre. En quoi sa mort va-t-elle la changer?

 

Lire la suite sur le blog de Claro

 

Ida ou le délire suivi de Le Résumé Hélène Bessette Editeur: Leo Scheer 

 

 

 


 

 

   MaternA extraits ici

 

maternA avec un « A » capital final car « le A est l’enfance de la vie » écrit l’auteur. Ainsi toutes les héroïnes – il n’y a que des femmes dans cette histoire – portent des noms se terminant en A. Ce détail poétique au sein d’un roman de trame classique symbolise le style d’Hélène Bessette : il interroge la curiosité du lecteur sans troubler ses repères et en exacerbant le plaisir de la lecture.

Toutes ces femmes, BrittA, GrittA, DjeminA, MonA… travaillent dans une école maternelle. Enfermées, comme emprisonnées dans ce haut lieu de l’éducation, souvent honteuses de déprécier ce métier tant estimé, féminin par excellence (dans le contexte des années 50), leurs rivalités et leurs névroses apparaissent – en même temps que les motifs sous-jacents de leurs actions, leurs stratégies de survie quotidienne – d’un comique désespérée.

Ainsi découvre-t-on la passion quasi amoureuse de l’une des institutrices pour la directrice, une femme haute en couleurs exaltée par sa mission, tandis qu’une nouvelle venue, ne correspondant pas au moule de ses collègues, se voit publiquement mépriser jusqu’à l’humiliation, ce qui menace à la fois sa carrière et sa vie sentimentale. L’une des intrigues est focalisée sur ce personnage à part, détonnant dans le paysage consensuel, miroir de l’auteur. Parviendra-t-elle à échapper aux griffes de ses collègues aigries, jalouses, ou sera-t-elle broyée par le système ?


Ce roman, publié pour la première fois en 1954, n’avait jamais été réédité alors qu’il avait élé célébré par la critique – comme en a par ailleurs témoigné la récente publication du Bonheur de la nuit. Les quelques détails d’époque qui donnent, par petites touches, de jolies couleurs rétro à maternA n’en font pas moins une œuvre intemporelle d’Hélène Bessette dont l’art saisit au vif les tourments du cœur humain avec un humour cruel.


3hbhasslet-dr.jpgHÉLÈNE BESSETTE (1918-2000) est un écrivain majeur, ayant publié douze romans aux Éditions Gallimard. Soutenue à l’époque par les plus grands noms de l’art et de la littérature française, deux de ses livres ont été inscrits sur les listes du Goncourt (où elle reçut des voix) et du Femina. Oubli inexpliquable de notre histoire littéraire.

 


 


 


Julien Doussinault, vous avez écrit une biographie d'Hélène Bessette (chez Léo Scheer, qui ré-édite les romans de B7 ) Comment avez vous découvert cet auteur?


Dans une librairie (puisque c’est souvent là que les scandales éclatent). En 2000. J’étais libraire chez Joseph Gibert, à Paris, et je discutais de littérature avec mon collègue du rayon Beaux-Arts. Un jour il me parle d’Hélène Bessette, me dit qu’on ne sait rien d’elle sinon qu’elle est édité chez Gallimard, que c’est un écrivain des années cinquante et que Duras lui a tout piqué. Il m’offre ce qui fut mon « premier B7 », N’avez-vous pas froid, dans une édition originale achetée trente francs chez Compagnie. Les pages n’étaient pas découpées, la couverture légèrement défraichie… J’ai couru au Jardin du Luxembourg, déchiré les pages à la hâte, et j’ai vu…

 

Vous arborez en permanence un badge "Lisez Hélène Bessette!". Pourquoi est-il important de lire B7 ou, autrement dit, qui était B7?


D’abord, parce que le militantisme en littérature (au moins l’engagement) est aussi important qu’en politique. Les impostures et les injustices y sont nombreuses, et il faut être vigilant. Bessette, c’est pour moi la plus grande injustice littéraire de la deuxième moitié du XXe siècle : un écrivain qui fut admiré par les plus grandes figures littéraires de l’époque (Duras, Sarraute, Aury, Beauvoir, Paulhan, Leiris, Queneau, Dubuffet…) mais que l’histoire littéraire française avait complètement oublié, un auteur dont Gallimard a publié 13 romans (et une pièce de théâtre) en seulement 20 ans, de 1953 à 1973, et qui n’avait d’autre postérité qu’aux Puces de Clignancourt. Bessette, c’est une Terroriste : elle fait voler en éclats tous les codes édifiés par Saint Germain et donne naissance à un roman qui n’est pas du nouveau roman mais bel et bien un roman nouveau.

 

Lire la suite sur LN B7 (touché, coulé)

 

 

15:49 Publié dans Hélène Bessette | Lien permanent