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24/02/2013

Glenn Gould


 Bach Goldberg Variations 1981 Studio

Video (complete)






20:43 Publié dans Bach, Glenn Gould, Musique | Lien permanent

04/01/2013

Glenn Gould

"j’aime cette idée que la musique puisse finalement n ‘être que cela : un appel longue distance. On joue, on ne sait qui on appelle. On ignore qui appelle en soi. Une simple vibration de l’air entre deux lointains, une ligne bruissante joignant deux êtres dont on ne sait rien, sinon qu’ils sont perdus."

Glenn Gould

12:05 Publié dans Glenn Gould | Lien permanent

28/11/2010

Ludwig van Beethoven

 

Ludwig+van+Beethoven.jpg

 

TESTAMENT D’HEILIGENSTADT 

 

POUR MES FRÈRES CARL ET (JOHANN) BEETHOVEN

 

Ô vous, hommes, qui me regardez ou me faites passer pour haineux, fou, ou misanthrope, combien vous êtes injustes pour moi ! Vous ne savez pas la raison secrète de ce qui vous paraît ainsi ! Mon cœur et mon esprit étaient enclins, depuis l’enfance, au doux sentiment de la bonté. Même à accomplir de grandes actions, j’ai toujours été disposé. Mais songez seulement, depuis six ans, quel est mon état affreux, aggravé par des médecins sans jugement, trompé d’année en année, dans l’espérance d’une amélioration, enfin contraint à la perspective d’un mal durable — dont la guérison demande peut-être des années, si elle n’est pas tout à fait impossible. Né avec un tempérament ardent et actif, accessible même aux distractions de la société, je devais de bonne heure me séparer des hommes, passer ma vie solitaire. Si je voulais parfois surmonter tout cela, oh ! combien durement je me heurtais à la triste expérience renouvelée de mon infirmité ! Et pourtant, il ne m’était pas possible de dire aux hommes : « Parlez plus haut, criez ; car je suis sourd ! » Ah ! comment me serait-il possible d’aller révéler la faiblesse d’un sens, qui devrait être chez moi plus parfait que chez les autres, un sens que j’ai autrefois possédé dans la plus grande perfection, dans

une perfection comme certainement peu de sens de mon métier l’ont jamais eu ! — Oh ! cela, je ne le peux pas ! — Pardonnez-moi donc, si vous me voyez vivre à l’écart, quand je voudrais me mêler à votre compagnie. Mon malheur m’est doublement pénible, puisque je lui dois d’être méconnu. Il m’est interdit de trouver un délassement dans la société des hommes, dans les conversations délicates, dans les épanchements mutuels. Seul, tout à fait seul. Je ne puis me risquer dans le monde, qu’autant qu’une impérieuse nécessité l’exige. Je dois vivre comme un proscrit. Si je m’approche d’une société, je suis saisi d’une dévorante angoisse, par peur d’être exposé à ce qu’on remarque mon état.

De là ces six mois que je viens de passer à la campagne. Mon savant médecin m’engagea à ménager mon ouïe autant que possible ; il vint au-devant de mes intentions propres. Et pourtant, maintes fois ressaisi par mon penchant pour la société, je m’y suis laissé entraîner.

Mais quelle humiliation, quand il y avait quelqu’un près de moi, et qu’il entendait au loin une flûte, et que je n’entendais rien, ou qu’il entendait le pâtre chanter et que je n’entendais toujours rien! De telles expériences me jetèrent bien près du désespoir : et peu s’en fallut que moi-même je ne misse fin à ma vie. — C’est l’Art, c’est lui seul, qui m’a retenu. Ah ! il me semblait impossible de quitter ce monde avant d’avoir accompli tout ce dont je me sentais chargé. Et ainsi je prolongeai cette misérable vie, — vraiment misérable, — un corps si irritable, que le moindre changement peut me jeter de l’état le meilleur dans le pire ! — Patience ! — Ainsi dit-on ; c’est elle que je dois maintenant choisir pour guide. Je l’ai. — Durable, je l’espère, doit être ma résolution de résister, jusqu’à ce qu’il plaise aux Parques inexorables de trancher le fil de ma vie. Peut-être cela ira-t-il mieux, peut-être non : je suis prêt. — À vingt-huit ans, déjà, être forcé de devenir philosophe, ce n’est pas facile ; c’est plus dur encore pour l’artiste que pour tout autre.

 


Divinité, tu pénètres d’en haut le fond de mon cœur, tu le connais, tu sais que l’amour des hommes et le désir de faire le bien y habitent ! Oh hommes, si vous lisez un jour ceci, pensez que vous avez été injustes pour moi ; et que le malheureux se console, en trouvant un malheureux comme lui, qui, malgré tous les obstacles de la nature, a cependant fait tout ce qui était en son pouvoir, pour être admis au rang des artistes et des hommes d’élite.

Vous, mes frères Carl et (Johann), aussitôt que je serai mort, et si le professeur Schmidt vit encore, priez-le en mon nom qu’il décrive ma maladie, et joignez à l’historique de ma maladie, la lettre que voici, afin qu’après ma mort, au moins autant qu’il est possible, le monde se réconcilie avec moi. — En même temps, je vous reconnais tous deux pour les héritiers de ma petite fortune — si on peut l’appeler ainsi. Partagez-la loyalement, soyez d’accord et aidez-vous l’un l’autre. Ce que vous m’avez fait de mal, vous le savez, je vous l’ai depuis longtemps pardonné. Toi, frère Carl, je te remercie tout particulièrement encore pour l’attachement que tu m’as témoigné dans ces derniers temps. Mon souhait est que vous ayez une vie plus heureuse, plus exempte de soucis, que la mienne. Recommandez à vos enfants la Vertu : elle seule peut rendre heureux, non l’argent. Je parle par expérience. C’est elle qui m’a soutenu moi-même dans ma misère ; c’est à elle que je dois, ainsi qu’à mon art, de

n’avoir pas terminé ma vie par le suicide. — Adieu, et aimez-vous ! — Je remercie tous mes amis, en particulier le prince Lichnowski et le professeur Schmidt. — Je souhaite que les instruments du prince L. puissent être conservés chez l’un de vous. Mais qu’il ne s’élève à ce sujet aucun débat entre vous. S’ils peuvent vous être bons à quelque chose de mieux, vendez-les aussitôt. Combien je serai heureux, si je puis encore vous servir dans ma tombe !

S’il en était ainsi, avec joie je vole au-devant de la mort. — Si elle vient avant que j’aie eu l’occasion de développer toutes mes facultés artistiques, malgré mon dur destin, elle vient encore trop tôt pour moi, et je souhaiterais de la retarder. — Mais même ainsi je suis content. Ne me délivre-t-elle pas d’un état de souffrance sans fin ? — Viens quand tu veux, je vais courageusement au-devant de toi. — Adieu et ne m’oubliez pas tout à fait dans la mort ; je mérite que vous pensiez à moi ; car j’ai souvent

pensé à vous, dans ma vie, pour vous rendre heureux. Soyez-le !

LUDWIG VAN BEETHOVEN.

Heiligenstadt, le 6 octobre 1802.