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16/04/2009

New York


 

 

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Bleecker Street Chronicles

Gérard Larnac

« Il confond tout. Ses désirs seuls sont clairs »

(Partition Rouge)

 


 

Les rues de Greenwich Village. Plus impérieuses qu’une terre natale. Une chanson de Thomas Dybdhal, un vers de Jack Kerouac, ce genre de choses qui vous illuminent soudain de l’intérieur comme une citrouille d’Halloween. Revoir encore et encore le Village, danser sur l’arête de ses trottoirs quelques pas de mes vieilles ivresses inentamées. Même si, bien entendu,  Bleecker Street n’est plus dans Bleecker Street, que le temps n’est plus où « 30 dollars ça te paye la piaule », ainsi que le chantaient Simon & Garfunkel dans les années libres de l’autre siècle. Si tu veux rester dans la course tout se passe désormais ailleurs, à Brooklyn, du côté du Red Hook paraît-il, ou à Long Island. Mais à quoi bon connaître les nouveaux territoires, puisque les anciens n’ont pas encore tout dit. Savoir dès le départ qu’il s’agit d’autre chose. Ne pas être dupe. Juste aller taquiner « le grand contexte », comme dirait Kenneth White.

 

 

M’y voilà donc. Trois jours solitaires à arpenter Bleecker Street, Bleecker Street à nouveau, frénétiques embardées sans mobile apparent sur les trottoirs du temps. Ses clubs. Ses bars. Ses restaurants où toutes les saveurs du monde. Ses moindres coins de rue, à la croisée des noms. Tentative d’embrouillement d’un lieu afin qu’échappant à lui-même il devienne peut-être le lieu de tous les lieux. Le contexte du hors-texte, du hors-champ. En provenance de Madrid (que diable suis-je allé foutre à Madrid), le long-courrier de la compagnie Iberia qui m’a déposé là portait le nom de Salvador Dali : pour sûr, un peu de surréalisme ne nuira pas. C’est toujours là compagnie hautement revigorante. N’est-ce pas Marcel Duchamp qui, en 1916, déclara solennellement le Village « Etat de la Nouvelle Bohème et République Indépendante Autonome » ? Brutal comme une envie de pisser dans les fontaines publiques, pas vrai ?

 

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http://poetaille.over-blog.fr/article-29743569.html

 

 


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Photos

New York tirage argentique noir et blanc

© Christine Bauer

 

08/02/2009

L'Unique Trait de Pinceau

                                                                                                                                                          

 

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 l’arpenteur de nuées

 

Pas une âme sur le chemin de brume. Pas même des yeux pour voir cela. Ces formes qui seraient, dans le temps des hommes, un rocher ou un arbre, une rivière peut-être,  mais qui peu à peu se confondent avec le mouvement même où ils s’inscrivent, comme des vagues roulant les unes après les autres sur une grève de vents froids. Espaces disjoints, comme autant de paysages intérieurs, fantomatiques, lieux perdus courant avec les mondes. Je suis Shitao, l’arpenteur de nuées. Je sais que tout cela est réel. Je sais que tout cela est un rêve. Je ne laisse plus mes yeux ajouter des images aux images, car on ne voit que ce à quoi l’on croit. Or je n’ai avec moi aucune certitude. C’est autrement que je regarde. 

 

© Gérard Larnac

texte écrit pour Regard au Pluriel

 

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La Mer possède le déferlement immense, la Montagne possède le recel latent. La Mer englouti et vomit, la Montagne se prosterne et s’incline. La Mer peut manifester une âme, la Montagne peut véhiculer un rythme. La Montagne, avec la superposition de ses cimes, la succession de ses falaises, avec ses vallées secrètes et ses précipices profonds, ses pics élevés qui pointent brusquement, ses vapeurs, ses brumes et ses rosées, ses fumées et ses nuages, fait penser aux déferlements, aux engloutissements et aux jaillissements de la Mer ; mais tout cela n’est pas l’âme que manifeste la Mer elle-même : ce sont seulement celles des qualités de la Mer que la Montagne s’approprie.

La Mer, elle aussi, peut s’approprier le caractère de la Montagne : l’immensité de la Mer, ses profondeurs, son rire sauvage, ses mirages, ses baleines qui bondissent et ses dragons qui se dressent, ses marées en vagues successives comme des cimes : voilà tout ce par quoi la Mer s’approprie les qualités de la Montagne, et non la Montagne celles de la Mer. Telles sont les qualités que Mer et Montagne s’approprient, et l’Homme a des yeux pour le voir…Mais celui qui ne saisit la Mer qu’au détriment de la Montagne, ou la Montagne qu’au détriment de la Mer, celui-là en vérité n’a qu’une perception obtuse ! Mais moi, je perçois ! La Montagne, c’est la Mer, et la Mer, c’est la Montagne. Montagne et Mer connaissent la vérité de ma perception : tout réside en l’Homme, par le libre élan du seul Pinceau, de la seule Encre !

Shitao Les propos sur la peinture


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De plus, à l’intérieur même du monde visible (espace peint), par exemple entre la Montagne et l’Eau qui en constituent les deux pôles, circule encore le Vide représenté par les nuages. Ce dernier, état intermédiaire entre les deux pôles apparemment antinomiques – le nuage est né de la condensation de l’eau ; il prend en même temps la forme de la montagne -, entraîne ceux-ci dans un processus de devenir réciproque Montagne – Eau. En effet, dans l’optique chinoise, sans le Vide entre elles, Montagne et Eau se trouveraient dans une relation d’opposition rigide, et par là statique, chacune étant, en face de l’autre et de par cette opposition même, confirmée dans son statut défini. Alors qu’avec le Vide médian, le peintre crée l’impression que virtuellement la Montagne peut entrer dans le Vide pour se fondre en vagues et qu’inversement, l’Eau, passant par le Vide, peut s’ériger en Montagne. Ainsi, Montagne et Eau sont perçues non plus comme des éléments partiels, opposés et figés ; ils incarnent la loi dynamique du Réel.

François Cheng Vide et plein – Le langage  pictural chinois

 

Regardant sans voir on l’appelle Invisible ; écoutant sans entendre on l’appelle Inaudible ; palpant sans atteindre on l’appelle Imperceptible ; voilà trois choses inexplicables qui, confondues, font l’unité. Son haut n’est pas lumineux ; son bas n’est pas ténébreux. Cela serpente indéfiniment indistinctement jusqu’au retour au Non-chose…On le qualifie de Forme de ce qui n’a pas de forme et d’Image de ce qui n’est pas image…

Lao Tzu Livre de la Voie et de la Vertu (chapitre XIV)

 

J’avais déjà remarqué que dans les travaux des Orientaux le dessin des vides laissés autour des feuilles comptait autant que le dessin même des feuilles.

Henri Matisse Ecrits et Propos sur l’art

 

17:26 Publié dans Gérard Larnac, Shitao | Lien permanent