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11/12/2009

Deborah Heissler

 

Michal Kenna - BNF.jpg

© Michal Kenna - BNF

 

Garde le silence,                                                        tu as longuement parlé.

Au-dessus des arbres et des prés, à l'instant même où cesse la pluie, on entend recommencer le chant de la fauvette à la fois liquide et limpide — goutte à goutte obstiné au cœur des feuilles.

Et puis les nuages bas, épais, leurs trouées mobiles sur la toison des prairies, jusqu'à l'horizon. Louange de l'eau et de la lumière, emportée si vite par le vent. Versatile, atmosphérique, l’esquisse de l’air cru et blanc, dans les plis de l’herbe comme un cantique. Bonheur d'un instant à regarder les fleurs éclatantes, parmi les festons de sombre vigne vierge, la terre jusqu'à l'horizon et la crête de la nuit qui s’enflamme. Les cerisiers ne sont presque plus que des panaches de neige.

Une autre après-midi se lève lentement en moi. Chaque jour, chaque heure presque décline, autant d'appâts nouveaux qui sonnent, semblables à des harmonies nouvelles.

Je me souviens, le bleu des nues d'orage et celui de la source, le bleu de la sauge fait pour être froissé dans la main. L'abandon, le don, cela seul. Les derniers arbres fleuris dans les jardins. La pluie de juin qui tombe comme un chuchotement, universel, sur un chemin d’herbe et de violettes mêlées — et la fraîcheur du soir qui vous saisit.

 

 

Texte inédit - extrait d’Akasu

à paraître chez Cheyne Éditeur en 2010
avec l'aimable autorisation de Cheyne Éditeur
et de Déborah Heissler

 

 

 

 

 

11:23 Publié dans Deborah Heissler | Lien permanent