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10/05/2009

Biennale de Paris

 

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© Yousuf Karsh 1954

 

 

« La Biennale de Paris, 2006-2008. Une exposition biennale, qui dure vraiment deux ans. Lorsqu'elle fut créée, en 1959, sous l'égide du vieux Malraux, elle s'appelait "biennale des jeunes" (avec une limite d’âge, 35 ans) et connut ses heures de gloire dans l'après 1968. En 1969, les travaux d'équipe et œuvres collectives y furent, systématiquement, montrés. En 1971, au parc floral de Vincennes, il y avait une section consacrée aux envois postaux, une à l'art conceptuel.

En 1975, LBV a connu, de très près, la Biennale de Paris, aux deux musées du Palais de Tokyo. Elle se souvient de l'accrochage dû à Jean-Christophe Ammann et surtout, des artistes qui s'y trouvaient invités : Rebecca Horn et sa performance toute en ailes, Marina Abramovic, Ulrike Rosenbach. Les cartes postales suisses de John Armleder, les coussins fourrés en forme de coeur de Pierre Keller, les images masculines de Walter Pfeiffer, les milliers de photos d'Emil Forman (RIP) en forme d'autoportrait à sujet unique et exclusif : sa mère. Dans une salle, étaient réunis Urs Luthi, Luciano Castelli et le groupe COUM, composé de Genesis P-Orridge et de Cosei Fanni Tutti, déjà des icônes en infâmie, avant leur show Prostitution à l'ICA de Londres et la carrière musicale de Throbbing Gristle. Et il y avait, bien sûr, la Conical Intersection de Gordon Matta-Clark, que la Biennale avait organisée: une percée architecturée dans le vif d'un immeuble rue Beaubourg, à la fois en face du Centre Pompidou en construction et de l'appartement de Ghislain Mollet-Vieville : une pièce renversante que LBV a vue dans tous ses états, en compagnie des frères Petitjean, lesquels filmèrent en vidéo toute cette histoire.

Dix ans après, en 1985, la Biennale de Paris n'a plus été "des jeunes", alors qu’elle prenait forme dans le spectaculaire, à la Grande Halle de la Villette. C'est devenu le lot quotidien des Biennales. Quotidien, puisqu'il parait qu'il existe aujourd'hui 300 biennales par an, ce qui nécessite beaucoup plus de 365 jours de l'année pour les visiter.

Celle de Paris, en tout cas, a été en vacance (un trou financier ? des projets sans lendemains ?) jusqu'à ce qu'un artiste avisé la mette réellement en vacances, en la distrayant aux institutions qui la retenaient sous leur tutelle, gardant le nom, sans rien en faire. Depuis 2000, la Biennale de Paris est désormais une association, voilà de quoi se réjouir.

On imagine assez bien les cris d’orfraie poussés à la Délégation aux Arts Plastiques comme à la ville de Paris, où les idées brillantes fusent et explosent en « Force de l’Art » ou en « Monumenta », deux intitulés pas piqués des ver(t)s qu’on n’a pas vraiment besoin de faire passer par chez le psychanalyste, sans parler de l’événementielle Nuit Blanche, concoctée par la Mairie de Paris, au consumérisme digne des nocturnes de grands magasins.

Ainsi, bon gré, mal gré, la Biennale de Paris n'appartenant à personne, elle est redevenue un instrument d'actualité, qui se veut « adapté aux projets des artistes » : sans « curators » et sans objets d’art, mais avec des rendez-vous, des projets, des questions ; sans lieu défini, mais « là où ça se passe quand ça se passe », à Paris, en province, ailleurs et nulle part [...]

De ce fait, la XVè Biennale de Paris s’inscrit délibérément dans une histoire qui n’est pas née avec elle, dont elle ne revendique ni l’invention, ni le renouvellement, mais dont elle mythifie, juste assez, l’héritage de légèreté et de liberté de ton. »

 

« La Biennale de Paris, là-bas, nulle part, ici"  par Elisabeth Lebovici

 

18:11 Publié dans Biennale de Paris | Lien permanent