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18/11/2011

Nous sommes tous en danger

 

Pier Paolo Pasolini



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 L’Ultima intervista di Pasolini

Nous sommes tous en danger

 

 

Cet entretien s’est déroulé samedi 1er novembre [1975], entre quatre et six heures de l’après-midi, quelques heures à peine avant l’assassinat de Pasolini.

 

Nous y voilà, décris-nous la “situation”. Tu sais très bien que tes interventions et ton langage ont un peu l’effet du soleil qui traverse la poussière. L’image est belle mais elle ne permet pas de voir (ou de comprendre) grand-chose.

 


"Merci pour l’image du soleil, mais mon ambition est bien moindre. Je voudrais que tu regardes autour de toi et que tu prennes conscience de la tragédie. En quoi consiste la tragédie? La tragédie est qu’il n’y a plus d’êtres humains, mais d’étranges machines qui se cognent les unes contre les autres. Et nous, les intellectuels, nous consultons l’horaire des trains de l’année passée, ou d’il y a dix ans, puis nous disons : comme c’est étrange, mais ces deux trains ne passent pas là, et comment se fait-il qu’ils se soient fracassés de cette manière ?"


extrait

 

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Réalisé par Furio Colombo, l’ultime entretien de Pier Paolo Pasolini a été publié pour la première fois dans le supplément “Tuttolibri” du quotidien La Stampa, le novembre 1975. Il a reparu sous le titre “Siamo tutti in pericolo” [Nous sommes tous en danger] dans l’ouvrage intitulé L’Ultima intervista di Pasolini de Furio Colombo et de Gian Carlo Ferretti, publié aux éditions Avagliano, Rome, 2005. © Avagliano Editore Srl, Roma, 2005© Éditions Allia, Paris, 2010, pour la traduction française

 


 

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Pasolini dans les Carnets d'Eucharis

 

http://lescarnetsdeucharis.hautetfort.com/pier-paolo-pasolini/

 




Appendice : Le manque de demande de poésie

La mancanza di richiesta di poesia

« Poésie en forme de rose (1961-1964) »/Poesia di forma di rosa, in Pietro II

 

 

 

pasolini,l’ultima intervista,regard au pluriel

Pier Paolo Pasolini, Chia (VT) 1975, © foto Dino Pedriali by ADAGP/SIA E 2006



 

 

Extrait :

Comme un esclave malade, ou une bête

j’errais dans un monde que le sort m’avait assigné,

avec la lenteur qu’ont les monstres

de la boue – de la poussière – ou de la forêt –

rampant sur le ventre – ou sur des nageoires

sans usage pour la terre ferme – ou des ailes faites de membranes…

Il y avait autour des remblais, ou des cailloutis,

ou peut-être des gares abandonnées au fond de villes

de morts – avec les rues et les passages souterrains

de la pleine nuit, quand on entend seulement

des trains épouvantablement lointains,

et des clapotis de canalisations, dans le gel définitif,

dans l’ombre qui n’a pas de lendemain.

Ainsi, tandis que je me dressais comme un ver,

mou, répugnant dans sa naïveté,

quelque chose passa dans mon âme – comme

si dans un jour serein le soleil s’obscurcissait ;

à la douleur de la bête haletante

une autre douleur s’ajouta, plus dérisoire et plus sombre,

et le monde des rêves se fêla.

« Personne ne te demande plus de poésie ! »

Et : «  Ton temps de poète est passé… »

« Les années cinquante sont finies dans le monde ! »

« Tu as connu ton automne avec les Cendres de Gramsci,

et tout ce qui fut la vie te fait mal

comme une blessure qui se rouvre et donne la mort ! »

 

 

***

 

Come uno schiavo malato, o una bestia,

vagavo per un monde che mi era assegnato in sorte,

con la lentezza che hanno i mostri

del fango – o della polvere – o della selva –

strisciando sulla pancia – o su pinne

vane per la terraferma – o ali fatte di membrane…

C’erano intorno argini, o massicciate,

o forse stazioni abbandonnate in fondo a città

di morti – con le strade e i sotto passaggi

della notte alta, quando si sentono soltanto

treni spaventosamente lontani,

e sciacquii di scoli, nel gelo definitivo,

nell’ ombra che non ha domani.

Cosi, mentre mi erigevo come un verme,

molle, ripugnante nella sua ingenuità,

qualcosa passo nella mia anima – come

se in un giorno sereno si rabbuiasse il sole ;

sopra il dolore della bestia affannata,

si colloco un altro dolore, piu meschino e buio,

e il mondo dei sogni si incrino.

« Nessuno ti richiede piu poesia ! »

E : « E passato il tuo tempo di poeta… ».

« Gli anni cinquanta sono finiti nel mondo ! »

« Tu con le Ceneri di Gramsci ingiallisci,

e tutto cio che fu vita di duole

come una ferita che si riapre e dà la morte ! »

 

 

Traduction Nathalie Castagné

22:56 Publié dans Pier Paolo Pasolini | Lien permanent

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