Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« Joseph Beuys | Page d'accueil | lettre(s) de la magdelaine »

23/04/2010

Antonin Artaud

 

l_70ea1f6a462642718371d179fcd7aee9.jpg


Cette peinture comme un monde à vif, un monde nu, plein de filaments et de lanières, où la force irritante d'un feu lacère le firmament intérieur, le déchirement de l'intelligence, où l'expansion des forces originelles, où les états qu'on ne peut pas nommer apparaissent dans leur expression la plus pure, la moins suspecte d'alliages réels.


C'est la vie soufrée de la conscience qui remonte au jour avec ses lumignons et ses étoiles, ses tanières, son firmament,


avec la vivacité d'un pur désir,

avec son appel à une mort constante avoisinant la membrane de la résurrection.


Le corps de la femme est là, dans son étalage obscène ; dans son ossature de bois. Bois immuable et fermé. Bois d'un désir irrité et que son exaspération même congèle dans sa chirurgicale et sèche nudité. Les fesses d'abord, et vers l'arrière tout le grand et massif fessier qui est là comme l'arrière-train d'une bête, où la tête n'a plus que l'importance d'un fil. La tête est là comme une idée de tête, comme l'expression d'un élément négligeable et oublié.


Et à droite et en bas, dans les arrière-fonds, dans les réserves, comme la pointe extrême du signe de la croix.


Décrirais-je le reste de la toile ?


Il me semble que la simple apparition de ce corps le situe. Sur ce plan sec, à fleur de surface, il y a toute la profondeur d'une perspective idéale et qui n'existe que dans la pensée. On y retrouve, comme un linéament, la zébrure d'un éclair taillé à même la terre, et des cartes valsent autour de là.


En haut, en bas. En haut avec sa figure de momie creuse. En bas avec sa masse, sa taille massive et bien tracée. Elle est là comme une muraille de nuit compacte, attirant, déployant la flamme des cartes soufrées.


Une multitude de cœurs, une multitude de trèfles, comme autant de signes, comme autant d'appels.

Ai-je un manteau, ai-je une robe ?

Une nuit de basse-fosse, une obscurité pleine d'encre déploie ses murailles mal cimentées.


Antonin Artaud


 

14:30 Publié dans Antonin Artaud | Lien permanent

Commentaires

quelle beauté...j'explose de joie intérieure à l'idée qu'il parle d'une de mes toiles...découverte, "reliage", "re-lien" d'un éternel qui revient au présent, frisson de cette découverte instantanée et qui fulgure le sens dans le sens d'une nouvelle conduite...les mots agissent comme les secrets dans la serrure pour ouvrir sur la nudité de la créativité, je me baigne dedans sans trouble, avec un corps d'émotion...qu'il est grand. Mes toiles ne seront plus les mêmes ...

Écrit par : Johan Van Mullem | 20/07/2010

Répondre à ce commentaire

Les commentaires sont fermés.