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01/02/2009

Grand Palais - Paris - 2008

NI DIEU - NI MAÎTRE

            © par Bruno Le Bail, plasticien, conférencier, novembre 2008

                                                                                                                                                         

Exposition "Picasso et les maîtres"

 

Las Meninas.jpg
Pablo Picasso -  Las Meninas d'après Vélasquez, 1957, oil on canvas, Museo Picasso, Barcelona, Spain.

J’étais un peu perplexe sur l’idée même de cette confrontation. Face à un tableau de Poussin, L’enlèvement des Sabines, qui est un pur chef-d’œuvre de liberté, une sorte de construction dans l’absolu où chaque centimètre carré respire le génie. Comment peut-on montrer des interprétations de Picasso qui sont avant tout des études qu’il a dû travailler d’après des reproductions et non pas d’après l’œuvre originale, sans trahir la recherche de Picasso. La décomposition qu'il fait face à L’enlèvement des Sabines, non seulement n’explique en rien, mais n’éclaire en rien Poussin. La seule chose que cela implique c’est que Picasso semble peu fertile face à Poussin. « Il faut peindre avec ses couilles », disait Cézanne.

Les œuvres originales de Poussin, Goya, Vélasquez etc. vivent par elle-même et tout bavardage quel qu’il soit ne peut en aucun cas aboutir à une explication satisfaisante de l’œuvre. L’explication est ailleurs.

Picasso dans sa prolifération, dans ses recherches multiples peut nous éclairer que par rapport à lui même. J’adore Picasso, lorsqu’il se confronte aux maîtres et qu’il a cette distance, utilisant le noir et le blanc, comme dans Las Meninas d’après Vélasquez. Là il noue un dialogue, une conversation beaucoup plus percutante en s’attaquant  non plus à la couleur et à la technique des anciens (là où il va à l’échec certain) mais au dessin et cette fois la déstructure qu’il entreprend nous montre son regard, sa vision, son génie.

Une reproduction de Poussin, n’est pas un Poussin. Face à l’œuvre originale, l’émotion, la sensation qu’elle dégage n’appartient qu’à elle même. Ce sont avant tout des rapports chromatiques, optiques, antinomiques. La seule chose qui peut être perceptible par le biais de la reproduction, est linéaire, là où Picasso excelle. C’est d’ailleurs une des raisons pour laquelle l’œuvre de Picasso supporte admirablement bien d’être reproduite.  

L’idée de départ de cette exposition, de vouloir comparer sottement les œuvres ne peut qu’aboutir à un échec.

L’art ne peut se comparer que dans l’absence de comparaison. Les raccourcis qui nous sont montrés, nous ramènent à la surface au lieu de nous éclairer et de chercher en profondeur. Cette récupération médiatique atteint son but. Vulgariser, divertir le grand publique et l’éloigner ainsi de la peinture. 

 

Picasso, Vallauris, France 1949 Gjon Mili.jpg
Picasso, Vallauris, France 1949 Gjon Mili
© Time Inc. 

14:10 Publié dans Picasso | Lien permanent

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