23 novembre 2009

Raphael

 

Raphael, Baldassare Castiglione, 1514 - 1515.jpg

Baldassare Castiglione, 1514 - 1515

 

 

Maurice Merleau-Ponty

L'Oeil et l'Esprit

 

 

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"Moi je pense que Cézanne a cherché la profondeur toute sa vie", dit Giacometti, et Robert Delaunay: "La profondeur est l'inspiration nouvelle." Quatre siècle après les "solutions" de la Renaissance et trois siècles après Descartes, la profondeur est toujours neuve, et elle exige qu'on la cherche, non pas "une fois dans sa vie", mais toute une vie. Il ne peut s'agir de l'intervalle sans mystère que je verrais d'un avion entre ces arbres proches et les lointains. Ni non plus de l'escamotage des choses l'une par l'autre que me représente vivement un dessin perspectif : ces deux vues sont très explicites et ne posent aucune question. Ce qui fait énigme, c'est leur lien, c'est ce qui est entre elles - c'est que je voie les choses chacune à sa place précisément parce qu'elles s'éclipsent l'une l'autre -, c'est qu'elles soient rivales devant mon regard précisément parce qu'elles sont chacune en son lieu. C'est leur extériorité connue dans leur enveloppement  et leur dépendance mutuelle dans leur autonomie. De la profondeur ainsi comprise, on ne peut plus dire qu'elle est "troisième dimension". D'abord, si elle en était une, ce serait plutôt la première : il n'y a de formes, de plans définis que si l'on stipule à quelle distance de moi se trouvent leurs différentes parties. Mais une dimension première et qui contient les autres n'est pas une dimension, du moins au sens ordinaire d'un certain rapport selon lequel on mesure. La profondeur ainsi comprise est plutôt l'expérience de la réversibilité des dimensions, d'une "localité" globale où tout est à la fois, dont hauteur, largeur et distance sont abstraites, d'une voluminosité qu'on exprime d'un mot en disant qu'une chose est là. Quand Cézanne cherche la profondeur, c'est cette déflagration de l'Être qu'il cherche, et elle est dans tous les modes de l'espace, dans la forme aussi bien.

 

Merleau-Ponty L'Oeil et l'Esprit, extrait

16 novembre 2009

EDWARD BURTYNSKY

 

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Rock of Ages # 6,
Abandoned Granite Quarry, Rock of Ages Quarry, Barre, Vermont, 1991

 

 

 

 

 

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Rock of Ages # 7,

Active Granite Section, Wells-Lamson Quarry, Barre, Vermont, 1991

 

 

 

 

 

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Marble Quarries # 001,
Rultand, Vermont, 1991

 

 

 

 

 

Rock of Ages # 2, Granite Quarry, Bebee, Quebec, 1991.jpg
Rock of Ages # 2,
Granite Quarry, Bebee, Quebec, 1991

 

 

 

 


Rock of Ages # 14, Active Section, E.L. Smith Quarry, Barre, Vermont, 1991.jpg
Rock of Ages # 14,
Active Section, E.L. Smith Quarry, Barre, Vermont, 1991

 

 

 

 


Rock of Ages # 24, Abandoned Section, Rock of Ages Quarry, Barre, Vermont, 1991.jpg
Rock of Ages # 24,
Abandoned Section, Rock of Ages Quarry, Barre, Vermont, 1991


 

 

© Edward Burtynsky

 

 

Site

Mahmoud Darwich

Une mémoire pour l'oubli


de Mahmoud Darwich  [Editions Actes Sud]
Le temps : Beyrouth
Le lieu : une journée du mois d’août 1982


Du 24 au 28 nov. à 20h30 / Le 29 nov. à 17h / Taps Gare à Strasbourg
Du 3 au 5 déc. à 20h30 / Cour des Trois Coquins à Clermont Ferrand
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© Jean-Louis Hess

Une troisième guerre mondiale qui n'arrête pas d'en finir, un studio de fortune, des hommes produisent pour une télévision clandestine une écriture audiovisuelle dédiée au célèbre poète palestinien Mahmoud Darwich, né le 13 mars 1941 à Al-Birwah en Galilée et mort le 9 août 2008 à Houston, à partir de son récit  “Une mémoire pour l’oubli“.
Beyrouth est, avec le narrateur, le personnage principal du texte. Ce récit est en réalité la narration d’une passion entre la ville et le poète, passion qui trouve son dénouement tragique avec les événements de l’été 1982.
Une mémoire pour l’oubli montre une équipe de réalisation au travail relisant l’archive d’une écriture à l’épreuve du temps. C’est par cette fiction réinventée à neuf que se fera la transposition scénique d’extraits de ce récit écrit par Mahmoud Darwich “Une mémoire pour l’oubli”. Le texte relate une journée du poète à Beyrouth lors des événements tragiques qui ont suivi l’invasion israélienne en juin 1982 : l’état de siège et le départ de l’OLP de Beyrouth.
Pascale Spengler met en scène des œuvres offrant des univers très contrastés tels que S. Beckett, B. Brecht, H. Müller, B.M. Koltès… Mahmoud Darwich. Avec le Collectif de Théâtre Les Foirades dont elle assure la direction artistique depuis une vingtaine d’années, elle promeut un théâtre de recherche autour de l’idée selon laquelle il existe des zones d’influences réciproque dans lesquelles les formes d’art circulent, s’échangent et se nourrissent entre elles, bouleversant les disciplines de l’art, la délimitation des objets et les méthodologies.

Textes : Mahmoud Darwich Traduction : Farouk Mardam Bey et Yves Gonzalès-Quijano

Spengler Pascale

Laboratoire de recherche et de développement de nouvelles écritures dramatiques et scéniques
site en construction : www.lesfoirades.org

téléphone fixe : 03 88 36 77 96
mobile : 06 19 48 11 96

La Fabrique de théâtre
10 rue du Hohwald
67 000 Strasbourg

07 novembre 2009

Herta Müller

 

 

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Après une pluie d'été qui ne rafraîchissait pas les pierres, des chaînes  de fourmis noires rampaient dans les fissures des pierres de la cour. Adina faisait couler de l'eau sucrée dans le tube transparent d'une aiguille à tricoter circulaire. Elle mettait le tube dans une fissure. Les fourmis y rentraient, se rangeaient à la queue leu leu, qui par la tête, qui par le ventre. Adina collait les extrémités du tube avec une allumette et se mettait le collier autour du cou. Elle se mettait devant le miroir et voyait que le collier vivait, même si les fourmis étaient collées au sucre, chacune morte à l'endroit où elle avait étouffé.

Une fois dans le collier, chaque fourmi était pour l'œil un animal.


Une ombre marche derrière une femme, la femme est petite et courbée, l'ombre garde ses distances. La femme marche dans l'herbe et s'assied sur un banc près de l'immeuble.

La femme est assise, l'ombre reste debout. Elle n'appartient pas à la femme, de même que l'ombre du mur n'appartient pas au mur. Les ombres ont abandonné les objets auxquels elles appartiennent. Elles n'appartiennent qu'à cette fin d'après-midi qui n'est plus.


Extrait, Le renard était déjà le chasseur



 

 

06 novembre 2009

Tintoret

 

 

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Jacopo Robusti (Tintoret)

Autoportrait - La peinture à Venise au XVIème siècle - Musée du Louvre

 

19 octobre 2009

Al - Fârâbî



LA PHILOSOPHIE DE PLATON

 

Al-Fârâbî (872 – 950), qui vécut à Bagdad au IXe siècle, est considéré comme le premier grand philosophe musulman. De son vivant, il fut surnommé le « second Maître », Aristote étant le premier. Toute sa vie il a cherché à accorder la philosophie de Platon à celle d’Aristote et s’est donné pour tâche de ramener la sagesse grecque dans les pays arabes.

 

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§ 1.

 

D’abord, il rechercha les choses humaines qui rendent l’homme enviable pour savoir laquelle constitue la perfection de l’homme en tant qu’homme, car tout être a une perfection. Ainsi, il rechercha si la perfection de l’homme consiste seulement à avoir des organes corporels en bon état, un beau visage et une peau douce ; si elle consiste aussi à être d’ascendance ou de famille distinguée, ou à avoir une grande famille et de nombreux amis et amoureux ; ou si elle consiste aussi à être prospère ; ou à être glorifié et exalté, à gouverner un groupe ou une cité dans laquelle son commandement s’impose et engendre la soumission à sa volonté. Pour que l’homme parvienne au bonheur qui lui donne cette perfection ultime, suffit-il d’avoir certaines de ces choses ou toutes ? Il lui devint clair à mesure qu’il examinait ces choses, soit qu’elles n’étaient pas elles-mêmes le bonheur et qu’elles étaient seulement tenues pour être le bonheur, soit qu’elles n’étaient pas en elles-mêmes suffisantes pour obtenir le bonheur sans qu’une autre chose s’ajoute à elles ou à certaines d’entre elles.

 

 

§ 2.

 

Ensuite il rechercha ce que cette autre chose devait nécessairement être. Il lui devint clair que cette autre chose, dont l’obtention revient à celle du bonheur, était une certaine connaissance et un certain mode de vie.

 

Tout cela se trouve dans son livre intitulée ‘lAlcibiade (c’est-à-dire Règle) Majeur, qui est connu sous le titre De l’Homme.

 

 

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§ 3.

 

Ensuite, après cela, il rechercha ce qu’est cette connaissance et ce qui la distingue, jusqu’à ce qu’il découvrît ce qu’elle était, ce qui la distinguait, son caractère et qu’elle était la connaissance le l’essence (la substance) de chacun des êtres : cette connaissance est la perfection ultime de l’homme et la plus haute perfection qu’il soit susceptible d’acquérir. Cela se trouve dans le livre qu’il a intitulé le Théétête (qui signifie volontaire).

 

 

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§ 4.

 

Ensuite, après cela, il rechercha le bonheur qui est véritablement le bonheur, ce qu’il est, de quelle connaissance il est la conséquence, l’état du caractère en lequel il consiste, et l’acte en lequel il consiste. Il le distingua de ce que l’on croit être le bonheur et qui ne l’est pas. Et il fit savoir que le mode de vie vertueux est ce qui permet d’obtenir ce bonheur. Cela se trouve dans son livre intitulé le Philèbe (qui signifie aimé).

 

 

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A SUIVRE...

 

 

Darren Almond

 

 

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Tous droits réservés

 

 

10 octobre 2009

Armand Dupuy

9'32 Pollock

 

 

Film still © 1999 Estate of Hans Namuth.jpg

 

 

Oublions. De toute façon, mon

père ne connaît pas Pollock. C'est dire

 

s'il lui ressemble

 

 

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À East Hampton, le

ciel ne bouge pas. Simplement, le matin

recommence. On pourrait trouver l'heure

mais non. C'est juste qu'il ne fait pas

d'ombre ce matin. Pollock ne jette pas

d'ombre sur le sol aujourd'hui. Pollock

ne prend pas la lumière. De là à dire que

Pollock n'existe pas, il n'y a qu'un pas. Il

n'y a rien.

 

 

 

Photograph © 1999 Estate of Hans Namuth..jpg

 

 

 

Pollock est novembre. Pollock

s'est levé d'abord ou peut-être qu'il n’a

pas. Pollock n’a pas dormi sans doute.

Pollock jette sa clope. Et Pollock ce matin

me dit merde. Sale nuit, sale tête. Les

yeux cramés, la chemise noire. Pollock

ne fait plus l'effort. Il crache le mégot qui

s'éteint sur sa lèvre. Pollock me crache à

la gueule ce matin, Pollock me dit merde

de sa langue bien mâchée. Il faudra faire

sans Pollock certains jours.

 

 

Jackson Pollock - Black and White Number 20 - New York - Los Angeles County Museum of Art .jpg

 

 

Pollock, c'est ma façon

d'ignorer.

 


 

Jackson Pollock and Lee Krasner papers, circa 1905-1984. Archives of American Art..jpg

 

 

 

Pollock n'est pas là pour qui l'attend.

On se trompe en venant voir Pollock car

Pollock n'aime pas la visite. Pollock se

sent seul mais n'aime pas ses amis. Il

ne s'aime pas, pas plus qu'il ne m'aime.

Pollock ne me connaît pas mais ce

Pollock-là du fond de ma tête me scrute.

Il ressemble à s'y méprendre aux arbres

nus sur le ciel de Springs. Je n'irai pas

voir Pollock ni là.

 


 

 

Untitled Jackson Pollock (American, 1912-1956).jpg

 

 

 

 

Et Beckett

lance c'est tuant les souvenirs, mais

Pollock c'est pire. Pollock est vide. C'est

la falaise dans son dos, Pollock le sent.

 

 

 

 

Jackson Pollock ( 1912 - 1956 ) Photo M. A. Vaccaro, New Yor.jpg

 

 

 

Pollock n'a pas d'enfants, tant mieux.

S'il avait des enfants, Pollock leur dirait

sales porcs de sa langue très sale, leur

collerait trois beignes, au lit ! Pollock

aimerait ses enfants, mais ne saurait pas

car Pollock en a peur. Pollock a peur que

les enfants ne sachent pas dormir. C'est

ce que pense Pollock en s'endormant.

Pollock ne peut pas dormir s'il ne tombe

pas.

 

 

 

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Alors peindre ne le concerne

pas. Il verse le mur, c'est pas si mal. Il

peindrait le ciel qu'on s'y ferait prendre.

Mais Pollock n’invente pas donc le sens

ne vient pas.


 

 

© ARS, NY and DACS, London 2004.jpg

 

 

 

 

Pollock ne compte plus. D'ailleurs on n'a

pas d'oiseaux dans le ciel de Springs,

pas d'oiseaux sous le ciel blanc de

Pollock. L'espace pictural est un mur,

bien sûr, mais pas.

 


 

 

Jackson Pollock and Lee Krasner papers. Archives of American Art, Smithsonian Institute.jpg


 

 

Pollock va sa sève

lente ou furieuse qui le va. Il sent quand

même ce passé véloce qui l'attrape.

 

 

 

 

 

 


 

Pollock tète sa clope face aux collines

foncées. Pollock est debout. Il raconte

un tas de choses dans sa langue qu'on

ne comprend pas. Puis Pollock se tait,

passe en crabe. Quand Pollock se tait ou

bien qu'il ne fume pas, Pollock mâche

l'intérieur de ses joues. C'est-à-dire que

Pollock se mange à petit feu debout.

 


 

 

Untitled from an untitled portfolio Jackson Pollock (American, 1912-1956).jpg

 

Extraits
Tous droits réservés



 

© 1999 Estate of Hans Namuth, © Armand Dupuy, extrait carnet de note, © 1999 Estate of Hans Namuth., © Jackson Pollock - Black and White Number 20 - New York - Los Angeles County Museum of Art, © ARS, NY and DACS, London 2004, Film still, © Jackson Pollock and Lee Krasner papers, circa 1905-1984. Archives of American Art., © Untitled Jackson Pollock (American, 1912-1956), © Jackson Pollock ( 1912 - 1956 ) Photo M. A. Vaccaro, New York, © ARS, NY and DACS, London 2004, © Jackson Pollock and Lee Krasner papers. Archives of American Art, Smithsonian Institute,  © Armand Dupuy, extrait carnet de note, Untitled from an untitled portfolio Jackson Pollock (American, 1912-1956),